L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Mesurer les hauts et les bas

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On croit connaître sa ville, du moins son arrondissement, a minima son quartier

et puis un jour votre ignorance vous crève les yeux.

Par exemple hier, en contournant la mairie du Ve arrondissement par la rue des Fossés-Saint-Jacques, au bas d’un mur de l’édifice devant lequel je suis passée maintes et maintes fois, je m”avise de l’existence des repères d’altitude de la ville de Paris. Faisant d’une pierre deux coups j’apprends que je me trouve à 61,253 mètres au dessus du niveau de la mer. Ce qui m’étonne quelque peu : on m’aurait demandé à cet instant précis, sur les contreforts de la Montagne Sainte-Geneviève, mon altitude, j’aurais répondu au moins 100 mètres. Je me situais plus haut dans mon estime.

La petite plaque octogonale verte à étoiles latérales est l’un des trois types de repères apposés dans la ville entre 1880 et 1935. Ma science sur le sujet est toute neuve. Je la dois à un article lisible en ligne de la revue de l’Asssociation francophone de topographie – Revue XYZ – (merci à elle) signé Jean Allemand, “Paris et ses nivellements au cours du temps”, au sommaire du numéro 76 de 1998.

Extension malheureuse du jaune – orange – rouge

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Il y avait eu ces essais dont j’avais ici même rendu compte en leur temps, pas vraiment convainquants néanmoins l’affaire s’était conclue et ce serait du jaune, de l’orange et du rouge.

D’abord timidement,  en étage élevé sur la gauche de la façade, le 21 septembre 2024,

grignotage confirmé le 4 octobre 2024,

avant qu’un deuxième front se dessine, sur la gauche de la façade, le 4 novembre 2024,

qui bientôt ne laisserait qu’une zone centrale intacte, le 29 novembre 2024.

Pour un temps seulement puisqu’à la mi-mars 2025,

celle-ci se voit contaminer à son  tour par une gamme chromatique toujours aussi peu convaincante. Et le chantier n’en finit pas de ne pas finir. Sur chaque panneau resté gris, ça ne ne se voit pas bien sur ma photo mais une croix bleue est grossièrement dessinée repérant probablement ceux-ci comme ne devant pas être passés au jaune – orange – rouge. Au profit de quelle teinte et qu’aurait pensé feu le recteur Jean Sarrailh de ce ripolinage ?

Huit semaines pas comme les autres cinq ans plus tard

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Il y a cinq ans aujourd’hui commençait un confinement pour cause d’épidémie qui, tout compte fait, de rallonge en rallonge, allait durer huit semaines.  Une période d’enfermement au cours de laquelle, une fois rentrée de la sortie quotidienne autorisée d’une heure dans un rayon d’un kilomètre, je tanguais d’une fenêtre à l’autre, côté boulevard, côté cour, et notais les choses vues, à moins que je ne songe par de vers moi à l’incongruité de la situation (*).

Mardi 17 mars sur la rue. Les chiens, même tenus en laisse, sont les rois du boulevard. Mercredi 18 mars sur la rue. La croix verte de la pharmacie signe la vie. Jeudi 19 mars sur la cour. Un enfant après l’autre joue sa récréation. Vendredi 20 mars à l’intérieur. Les cheveux pousseront désormais sans craintes. Samedi 21 mars à l’intérieur. L’adjectif drastique est sorti de sa réserveDimanche 22 mars à l’intérieur. Les heures creusent leurs trous profonds. Lundi 23 mars sur la cour. Jalouse d’une corde à sauter, pas pour me pendre, juste sauter. Mardi 24 mars à l’intérieur. Agendas gommés à perte de vue, angoisse des pages blanchies. Mercredi 25 mars sur la cour. Deux par deux, les fratries, badminton, sans échange de raquettes. Jeudi 26 mars à l’intérieur. Les mains récurées y laisseront leurs peaux. Vendredi 27 mars sur la rue. Les couloirs de bus coulent des jours paisibles. Samedi 28 mars à l’intérieur. Nos fors intérieurs n’en demandaient pas tant. Dimanche 29 mars à l’intérieur. Passage à l’heure d’été sans penser l’été. Lundi 30 mars sur la rue. Plus personne ne compte ses pas : 10 000 par jour on n’y arrivera jamais. Mardi 31 mars à l’intérieur. Tisser détisser retisser les fils d’infos, faire sa Pénélope sur la toile. Mercredi 1er avril sur la rue. L’obstination de l’anticyclone confine à l’insolence. Jeudi 2 avril sur la cour. Les pâtés de petits cailloux manquent de tenue, il faudrait du sable humide. Vendredi 3 avril sur la rue. Les valises à roulettes, toutes, métamorphosées en charriots à commissions. Samedi 4 avril sur la rue. De nuit, à l’hôpital en face, des fenêtres éclairées qu’on a toujours vu éteintesDimanche 5 avril à l’intérieur. Les chaussures de ville alignées dans l’entrée s’empoussièrent et n’en reviennent pas. Lundi 6 avril à l’intérieur. Innocente intrusion du dehors, la botte de radis prend des airs de cheval de Troie. Mardi 7 avril sur la rue. S’avancer masqués pour une fois qu’avril pouvait nous découvrir d’un fil. Mercredi 8 avril à l’intérieur. Pics, plateaux, épicentres, la géographie de 19 :15. Jeudi 9 avril sur la rue. Deux cavaliers et leurs montures caparaçonnés de bleu, chaque jour, au petit trot sur le boulevard. Vendredi 10 avril sur la cour sur la rue. Nos fenêtres nous ne les verrons plus jamais du même œil. Samedi 11 avril sur la cour. L’érable élagué, de ses jeunes pousses vertes, veut nous dire quelque chose. Dimanche 12 avril à l’intérieur. Férié, ouvrable, ouvré, va savoir. Lundi 13 avril à l’intérieur. Il faudrait pouvoir en parler au passé mais ce ne sera pas simple. Mardi 14 avril à l’intérieur. La saint glinglin, la Trinité, les dents des poules : aux environs de la mi-mai – à confirmer. Mercredi 15 avril sur la cour. Les marelles tracées dans les petits cailloux ne sont pas durables. Jeudi 16 avril sur la rue. Ce frisson à chaque passage de camion frigorifique. Vendredi 17 avril sur la rue. Statistique personnelle : deux personnes au plus par autobus, même dans les doubles. Samedi 18 avril sur la rue sur la cour à l’intérieur. Le geste-barrière n’est plus l’apanage du garde-barrièreDimanche 19 avril à l’intérieur. Ce que l’on sait c’est que l’on n’en sait pas beaucoup plus sur la suite. Lundi 20 avril sur la rue. Tous ces chiens qui habitent la ville dans un rayon de moins d’1 km et que l’on ne connaissait pas. Mardi 21 avril à l’intérieur. Compter en semaines (6) plutôt qu’en jours (36) pour tâcher de s’en tenir à un chiffre. Mercredi 22 avril sur la cour . Ils ont tous bien progressé en badminton sans doute grâce au filet de fortune installé. Jeudi 23 avril à l’intérieur. Jusqu’à la nuit même, lourde de rêves confinés, que le jour ne dissipe pas. Vendredi 24 avril sur la rue. Le joggeur passant sous la fenêtre à 19 heures pile sort de nulle part, forcément. Samedi 25 avril à l’intérieur. Les beaux parleurs de chez eux sur nos écrans ont souvent des plafonds moulurés sur la tête. Dimanche 26 avril sur la rue. Réapprendre à traverser dans les clous comme les chiens réapprendront la laisse, un jour. Lundi 27 avril à l’intérieur. Attendre la stratégie du plan (ou le plan de la stratégie) et tourner en bourrique. Mardi 28 avril sur la rue. Toute averse venant reverdir les platanes est source d’espoir. Mercredi 29 avril sur la cour. Diversification des jeux : apparition d’un croquet et de quilles de bois numérotées. Jeudi 30 avril à l’intérieur. Vert, rouge, alerte orange, que chacun voie l’épidémie à sa porte. Vendredi 1er mai sur la rue. Disparus mon fournisseur de muguet communiste français et ses concurrents de sauvette. Samedi 2 mai à l’intérieur. Exhumer les pinces à cheveux des vies antérieures qu’on croyait enfouies à jamais ; ils ont poussé sans crainte. Dimanche 3 mai sur la cour. À 17 heures chaque après-midi, l’envol des volutes d’un violoncelle voisinLundi 4 mai sur la rue. Un frémissement, comme un frémissement, des prémices, une amorce (et puis rien ?). Mardi 5 mai sur la rue. La grande soif des jardinières aux fenêtres de ceux qui sont partis fait peine à voir. Mercredi 6 mai à l’intérieur. Vérifier quand même que dans cette histoire de 2,5kg/personne on compte pour du beurre. Jeudi 7 mai sur la rue. Si les mardis, jeudis, samedis, autour des étals du marché se dansera un bal masqué ? Vendredi 8 mai sur la cour. Rêve éveillé : imaginer nos enfants mêlés à ceux d’en bas (mais ils ont bien passé l’âge). Samedi 9 mai sur la rue. Rideaux de fer à demi levés : états des stocks, serpillères et balais, et dérouiller les tiroirs-caisses. Dimanche 10 mai à l’intérieur. Clore ici quoiqu’il advienne, demain, du déconfinement et de mon écriture.

(*) Ce billet compile les notes publiées hebdomadairement sur ce blog pendant le confinement.

Illustrations : marelle et filet de badminton de fortune pour les récréations improvisées dans la cour par les enfants de l’immeuble.

Filed under la vie tout venant

Blog en jachère

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Ce blog est un peu en jachère ou en repos hivernal comme certaines pelouses des jardins publics parisiens.

Mais pas les plates-bandes du Jardin des Plantes où les étiquettes attendent de pied ferme que ça pousse.

Vivement le printemps que les mots et les fleurs se rejoignent.

Que faire de “L’économie des sociologues” ?

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Encore des livres qui finissent mal et ceux-là avant même d’avoir été lus par quiconque. Sur le boulevard du Montparnasse. Trois cartons pleins qui n’ont jamais été ouverts, juste vaguement écornés par l’usure ou l’humidité. Sortis tout droit d’une cave avec d’autres rebuts. Bon débarras.

Tous contenant le même livre (cave de l’auteur ? cave de l’éditeur ? vidée à la cloche de bois ?). Pas loin d’une centaine d’exemplaires probablement.

Auteur Bancal (Jean). Titre : L’économie des sociologues. Paru aux PUF en 1974. 329 pages, 22 cm, collection “Sociologie d’aujourd’hui”. La notice bibliographique de la BnF ne me dit pas ce que valait ce livre, hormis son coût : 49 francs (broché). Certes pareil sujet, l’économie des sociologues, perd de sa pertinence en cinquante ans sans édition révisée ou complétée et la BnF ne recense que celle de 1974.

Nous serions nous croisés sur le boulevard, Jean Bancal (1926-2008, mort à Paris dans le VIe arrondissement, ceci expliquant peut-être cela) et moi, je doute que nous ayons eu beaucoup à nous dire. Peu d’atomes crochus si j’en crois la liste de ses oeuvres. N’empêche, pareille vision de livres à l’abandon m’attriste et m’attristerait même si mon nom ne figurait pas comme celui de leur auteur au catalogue des PUF.

Nous y croyons tellement à nos livres quand nous parvenons à les publier ! Jean Bancal n’aurait jamais imaginé pareil destin à L’économie des sociologues, j’en suis sûre.

Filed under à chaud

Poétique de la voirie (71)

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Henri Beyle est mort

et l’automne sans pitié

Agrafer les arbres par les pieds

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Voilà que je m’avise que certaines des grilles qui encerclent les pieds de nos arbres urbains sont maintenues en place par des agrafes métalliques XXL donc sans commune mesure avec celles qui lient certains de mes feuillets quand j’estime nécessaire d’éviter leur dispersion. Quitte à devoir recourir à une petite pince à deux  dents pointues pour les désolidariser les uns des autres le jour où je souhaite les introduire dans une photocopieuse.

Certes, de simples points de sutures à l’aiguille avec du fil se résorbant de lui-même, comme ceux rapprochant les bords de nos cicatrices réparables, ne sauraient suffire pour parer à tout risque de voir les arcs de grilles enserrant les troncs de nos platanes embarqués par quelques passants intentionnés à les projeter sur Dieu sait qui.

Des agrafes donc, mais je m’interroge sur le type d’agrafeuse utilisée aussi bien que sur la pince propre à délivrer l’arbre de sa collerette métallique si besoin était. A coup sûr aucune des miennes et pourtant j’en possède un bel assortiment. Longtemps dans ma carrière encore itinérante et contractuelle, passant d’un bureau à un autre, je partais en emportant l’agrafeuse et la dégrafeuse. Des prises de guerre à titre de compensation pour non obtention d’une position plus stable.

Mais jamais je ne suis partie avec de quoi agrafer les arbres par les pieds.


Filed under variétés

Poétique de la voirie (70)

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Une force de la nature

à tout casser

pour voir le jour

et pousser au bon endroit

à bon droit


Grand art du faux-plafond

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Ces plafonds auxquels nous avions cru

comme ils nous leurraient

si minces et ne tenant qu’à un fil ou presque

(puissions nous crever de la sorte enfin nos plafonds de verre).

Filed under variétés

Soupiraux estivaux

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Quelques trouvailles récentes au gré de mes déambulations dans la ville, pour contribuer à ma collection de soupiraux ornementés (*)

Pas de fioritures pour commencer, un point, des traits, des demi-ronds et c’est tout

on reste dans la sobriété bien cadrée

mais le naturel floral enjolivé revient au galop

parfois tout feu tout flamme

et, à l’occasion, bien disposé à l’égard de la Société du Gaz de Paris.

(*) Précédentes livraisons : la sixième, la cinquième, la quatrième, la troisième, la deuxième, la première.


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