L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Archives for variétés parisiennes

Distances appréciées au doigt et à l’oeil

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La scène se passe dans une station de métro parisienne de la ligne 11 – donc l’illustration ci-dessous n’est qu’indirectement en rapport avec le fait relaté (mais me rappelle de bons souvenirs).

Dans cette station, Pyrénées, dont je m’apprête à sortir, je remarque un jeune homme figé devant un grand plan de Paris placardé au mur ; passant à sa hauteur je comprends son immobilisme. Le jeune homme mesure entre pouce et index de sa main droite des distances qu’il transfère précautionneusement, ses deux doigts gardant le même écart, jusqu’ à les superposer à l’échelle au bas de la carte. Il choisira vraisemblablement le plus court chemin, inquiet des 500, 600 ou 700 mètres à parcourir pour être à l’heure à son rendez-vous, mais sa méthode me semble fragile quant à l’exactitude espérée. Il suffirait du moindre relâchement d’un tendon pour que la comparaison parte à la dérive. Quand des générateurs d’itinéraires – à pied, en voiture particulière et en transports collectifs – les calibrent à la minute et au bilan carbone près sur nos téléphones, j’ai trouvé bien archaïque cette façon de faire.

Et je me suis souvenue de la joie simple éprouvée dans ma jeunesse à voir s’allumer sur un plan de métro interactif à sa façon de petites lampes de couleurs différentes traçant mon parcours, selon les lignes à emprunter et leurs correspondances, après que j’aie appuyé franchement sur le bouton rond en métal désignant la station que je voulais atteindre à partir de celle où  je me trouvais. Comme du sentiment de toute puissance sur la ville conféré par la maîtrise du pupitre porteur de la liste alphabétique de toutes les stations, d’Abbesses ligne 12 à Wagram ligne 3 .

avr 22, 2014

Absences dommageables d’auteurs

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Toujours bien intriguée par la formule de ces petites cartes récupérées dans des livres de services de presse revendus chez les libraires d’occasions. Quand j’en feuillette un, exemplaire de dessus de pile surmontant les vrais neufs, et qu’il me tombe un de ces cartons dans les mains, je le glisse dans ma poche.

Et je me pose des questions : pourquoi l’auteur absent de Paris doit-il absolument le faire savoir ?  A partir de combien de jours l’absence de l’auteur est-elle consignée et les dimanches et jours fériés sont-ils décomptés ? L’auteur absent de Paris est-il par essence impardonnable ? Un auteur qui franchit le périphérique par la porte de Vanves pour musarder à Malakoff est-il absent de Paris ? A combien de kilomètres du parvis de Notre-Dame l’absence de Paris commence-t-elle et les projets de Grand Paris changeront-ils la donne ? Quid des déclinaisons de la formule dans les maisons d’édition provinciales ? Les éditeurs parisiens d’auteurs résidant pour convenances personnelles hors de la capitale glissent-ils systématiquement le carton expiatoire entre les pages noircies par ces derniers ? L’hommage rendu en l’absence de Paris de l’auteur est-il pris au sérieux par celui ou celle qui le reçoit (j’en doute vu le recyclage illico des ouvrages concernés) ?  In fine, l’auteur absent de Paris ne ruine-t-il pas sa carrière ?

avr 15, 2014

Solitude de Condorcet, quai Conti, Paris 6e

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Pauvre Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet (1743-1794), cerné d’algécos et de palissades de chantiers qui l’affichent mal. Je me suis émue de son triste sort l’autre matin, au presque encore petit jour quand l’autobus 27 s’est obstiné à faire son Terminus Pont-Neuf et que j’ai continué à pied pour gagner la galerie Vivienne.

Cruelle mise en quarantaine posthume quand ses contemporains ne lui ont déjà pas fait de cadeaux. L’historienne de l’éducation des filles que je demeure (en dépit parfois des apparences) éprouve quant à elle une admiration certaine pour ce penseur des Lumières. Son Nouveau plan d’Instruction Publique présenté à l’Assemblée Législative le 20 avril 1792 est bien le seul plan d’éducation révolutionnaire revendiquant la mixité de l’enseignement au nom de l’égalité des sexes. Egalité évidente pour Condorcet et source, dès 1790, de son discours Sur l’admission des femmes au droit de cité. C’est dire si, de son vivant tristement abrégé, avec des idées pareilles Condorcet a suffisamment souffert de la solitude… Les algécos c’est trop.

Je m’aperçois que L’employée aux écritures éprouve une certaine fascination pour les algécos, si vous la partagez vous en trouverez d’autres sur le blog ici et .

jan 27, 2014

Complexité du bâti

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Un enchevêtrement tel que je me demande, passant en plein jour sur ce trottoir, comment la nuit venue chacun parvient à regagner son chez soi et ce qu’il advient des fors intérieurs, des prés carrés et du quant-à-soi de tout un chacun quand les logis s’emberlificotent pareillement.

Et les employés du cadastre, eux-mêmes, s’y retrouvent-ils mieux qu’une chatte qui aurait eu le malheur d’égarer ses petits dans le quartier ?

Ce qui est sûr, c’est que passant sur le boulevard, de l’autre côté, façades bien ordonnées, nul n’imagine le méli-mélo des arrières cours.

nov 11, 2013

Illustration d’un précédent propos

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Quand j’écrivais dans mon billet d’avant hier à propos de ce salon de coiffure que la porte était gardée par un chat angora installé sur un drap de bain plié dans un fauteuil placé précisément en travers de la porte sous l’affichette “Je suis dans l’appartement”, ce n’était pas une fiction. J’avais juste omis de préciser la couleur du drap de bain : disons framboise.

Vous remarquerez aussi sur le plan de travail la tête mannequin à côté de laquelle deux roses fanent tranquillement dans un soliflore bien qu’elles soient deux (*). A noter également, chose devenue rare dans les salons de coiffure, le casque de séchage accroché à sa potence articulée.

(*) Il ne s’agit en effet pas d’une rose unique dupliquée par son reflet dans le miroir comme l’on pourrait croire en passant trop vite.

sept 28, 2013

Mystère échevelé aux Feuillantines

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C’était ce matin dans la rue des Feuillantines, inexplicablement, entre mégots et débris végétaux, trois longues, longues, nattes de cheveux blonds abandonnées sur la chaussée, juste à la jointure du caniveau et du bitume, sur la petite bosse traître aux cyclistes.

Certes dans la rue des Feuillantines, en face du lycée spécialisé dans les arts du verre occupant l’emplacement du couvent des Feuillantines dans lequel Victor Hugo vécut enfant avec sa mère – une plaque sur le mur du lycée le rappelle – se trouve bien un salon de coiffure.

Mais salon des plus modestes, de quartier, à l’antique plutôt même qu’à l’ancienne, sans décorum, sans nom ni enseigne autre que “coiffure”(*), fermé le plus souvent, une affichette “Je suis dans l’appartement” apposée sur la porte à l’attention d’éventuelles passantes en mal de permanentes. Porte gardée par un chat angora installé sur un drap de bain plié dans un fauteuil placé précisément en travers de la porte sous l’affichette, si jamais vous vous avisiez d’entrer néanmoins.

Quand d’aventure la coiffeuse descend dudit appartement pour officier c’est généralement sur une tête (une seule à la fois) des plus chenue ayant depuis des lustres et belle lurette en veux-tu en voilà passé l’âge qu’on lui tire les nattes et n’offrant que de bien maigres mèches à tournicoter autour des quelques bigoudis qui suffiront à créer éphémère illusion. Même à grand renfort de laque sur la frisure obtenue au déroulé du bigoudis.

Je ne relie donc pas les reliefs capillaires découverts à ce salon. Le mystère reste entier.

(*) note de bas de page : un salon par conséquent indigne de figurer un jour dans l’Invent’Hair de Philippe Didion.

sept 26, 2013

De l’air, de l’air

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J’entends d’ici les Diafoirus, le père, le fils, en choeur

- Le poumon

-  Le poumon vous dis-je

- C’est ici qu’il habite !

août 10, 2013

Celle à sa croisée : une et multiple

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Comme moi désormais souvent scotchée à ma fenêtre sur le boulevard (j’habitais jusqu’à très récemment au bout d’une allée sans grand spectacle, ceci explique cela), mais elle réduite à sa plus simple absence d’expression, je l’ai aperçue ce jour vers 14 heures.

Quand je suis repassée vers 20 heures (j’avais fini ma journée) ma quasi voisine avait refermé sa croisée et s’était légèrement décalée vers la droite. Pourquoi ?

Elle m’a fait penser à la femme 100 têtes de Max Ernst. Le ciel avait changé lui aussi.

Additif : et ce lundi torride, à la croisée grande ouverte, elles étaient deux.

juil 19, 2013

Trottoir en fleurs

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Très jolie idée, vraiment, que l’emploi de papier peint pour dissimuler avec élégance ces tristes plaques bouche-trous de trottoirs en attente de rebitumisation. Espérons que l’heureuse initiative du service en charge des solutions de continuité temporaires de nos trottoirs parisiens à l’oeuvre rue Gay-Lussac fera école. Moi j’ai toujours été sensible aux motifs de papiers peints.

(Une fois passée par là au matin m’est restée dans la tête pour la journée cette chanson de Bobby Lapointe, avec sa  maison tapissée partout…)

juil 10, 2013

Fin de marché

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Le marché qui s’y tient les mardi, jeudi et samedi n’est pas le moindre des agréments du boulevard sur lequel j’habite depuis peu. J’aime en particulier voir, vers 13 heures, s’empiler les cageots, les paniers et la marchandise remballée par le marchand de légumes dont l’étal est juste à la verticale de ma fenêtre. Un artiste en heureuses compositions dont nous autres dans les étages sommes les seuls à pouvoir goûter toute la saveur.

Un peu plus tard, autour d’amoncellements de hasard, cageots jetés en vrac avec leurs derniers fruits ou légumes oubliés ou trop défraîchis pour repartir pour un tour, c’est l’heure des glaneuses et des glaneurs.

Je gardais très présent à l’esprit le beau film d’Agnès Varda et son glaneur humaniste du marché Edgar Quinet, figure familière à qui fréquente assidument le Montparnasse monde, mais je n’imaginais pas que les glaneurs puissent être aujourd’hui à Paris aussi nombreux ni aussi dissemblables. Un défilé de silhouettes de tous âges et de toutes mises, mêlant ceux qui passent en voisins chercheurs d’aubaines à ceux venus de plus loin, ballottés d’un marché à l’autre au gré des jours de la semaine et à qui, hormis les restes récupérés en fin de marché,  la vie ne fait pas de cadeaux.

juin 30, 2013

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