le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735
"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux
Cette voix masculine de l’autobus 91 qui annonce les stations : je ne m’en lasse pas. Un autobus que j’ai toujours aimé, le 91, menant de ma gare matrice, celle du Montparnasse monde, à celle des échappées alpestres, helvètes, ou italiennes, la gare de Lyon, son autre terminus (secondaire, le principal étant Bastille). Autrement dit Final de trayecto.
L’annonce qui surpasse toutes les autres et dont j’attends la grâce à chaque fois que j’emprunte cet autobus c’est celle de la station “Campagne Première” à laquelle le speaker apporte une application mesurée, réfléchie, laissant même place à un micro-silence entre les deux termes, une suspension, presqu’un suspense. Et tout cela avec la plus délicieuse douceur, le plus grand calme, propres à attendrir les plus rudes tempéraments de voyageurs encombrés de bagages, stressés, entassés dans un transit gare à gare dont l’issue est toujours incertaine – et le billet du train raté ni remboursable ni échangeable, ou alors à quels frais.
Mais : “Campagne / Première” : ce répit susurré, comme un baume sur les peines de l’usager.
Entre “Observatoire Port-Royal” et “Campagne Première” dans un sens, comme entre “Vavin” et “Campagne Première” dans l’autre, des stations pourtant toutes proches, la voix de l’autobus baisse d’un ton. Au point que l’on en oublierait que cette Campagne là n’a rien de bucolique, rien à voir (ni à entendre) avec une symphonie pastorale et son premier mouvement d’éveil d’impressions douces en arrivant à la campagne. Non ce que cette campagne inaugure ce sont les faits d’armes du général Taponnier s’illustrant pour la première fois dans la bataille de Wissembourg en 1793. Mais l’autobus s’en tape et sur le boulevard du Montparnasse, passant à hauteur de la rue qui porte la mémoire de ces fiers débuts, sa voix nous berce.
C’est en cette rue que s’écroule, tué (je pense) par l’inspecteur de police incarné par Daniel Boulanger dénommé Vital d’une balle dans le dos, que s’écroule dis-je notre ami Laszlo Lovacs -alias Bébel – tandis que la jeune Patricia, passant sur ses lèvres son pouce à la façon de l’époux de Lauren Bacal, énonce ce “qu’est-ce que c’est dégueulasse ?” qui fait souvenir de notre belle jeunesse sur la rive gauche… (ah, cette Jean Seberg, ex-épouse du Gary/Ajar, qui, dans sa renault blanche etc etc…) (“A bout de souffle”, JLGodard, 1960) (ça vous a une furieuse connotation “poème express” ça)
Je ne vous le fais pas dire : il s’en passe de be(bel)es rue Campagne Première – j’aurais pu aussi évoquer les mânes de Man Ray mais je m’en suis tenue à mon esprit boulevardier.
Bonsoir Martine,
Une précision : le terminus oriental est en fait à “Bastille”… et une information…
Dans le cadre du projet “Grand Paris des Bus” (Un nouveau réseau de bus pour Paris), la ligne 91 va grandir, puisque depuis Bastille la ligne ralliera son nouveau terminus “Gare du Nord”, en passant par la Gare de l’Est… La ligne 91, qui au passage va changer de couleur (blanc sur fond rouge) devient la ligne des gares !
Plus d’information sur la révolution à venir du réseau bus parisien ici : http://paris.grand-paris-des-bus.fr/