
Comment les histoires finissent : mal en général – et avec les Rita Mitsuko on en aurait chialé. Au caniveau parfois.
Et pourtant, quand on les avait reçues ces diapos, par la poste, dans leur mince boîtier plastique rigide, pressés d’y jeter un oeil, sans attendre même de les glisser une à une dans une visionneuse, on les avait saisies délicatement entre deux doigts, élevées à hauteur des yeux devant le jour d’une fenêtre ou, le soir, à la lueur d’un lustre. S’en faire au plus vite une idée, même miniature, savoir si elles étaient réussies et mériteraient en conséquence d’accéder collectivement au panier cliquetant d’un projecteur. Voire justifier une invitation lancée à un cercle amical poli qui prendrait son mal en patience.
Toujours la même inquiète perplexité quand je croise des traces de vies personnelles lâchement livrées à la voirie : je me demande comment on en arrive là. Quelles négligences ou vengeances d’héritiers, quels conflits entre bien vivants – jetées par une fenêtre ces diapos ? , ou quels oublis, hors de portée de vue, hors de portée de main, au fond d’un placard d’appartement tout juste VENDU. Au balcon une pancarte d’agence immobilière s’en vante. Chez nous comme cela, inaccessible au coup d’oeil trop rapide, perchée sur la plus haute étagère, une pile de cahiers petit format dont une classe de CE2 n’avait jamais revu la couleur une fois corrigés. La jeune femme, oeil de professionnelle, qui nous faisait visiter l’appartement – à louer celui-là – les avait pris sous son bras (jusqu’à la première poubelle jaune sur son chemin vraisemblablement).
Tâcher, pour soi-même, de se prémunir de tout abandon de cette sorte ; s’en souvenir et anticiper quand on sera vieux.